Les liens étroits qui existent entre l’industrie et les experts de l’Etat, et qui ne semblent plus effrayer personne, devraient pourtant ne pas faire oublier l’éthique et la déontologie. La plupart de ces experts sont, ou ont été, des médecins avant d’occuper des postes administratifs à responsabilités. Comment ont-ils pu oublier le code de déontologie qui remonte à la nuit des temps et qui est le seul garant de leur indépendance professionnelle ?

L’éthique : un souvenir déontologique ?

L’éthique médicale, c’est le fameux serment d’Hippocrate (450 ans avant J.C.) qui dit : « j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté ». Une belle parole oubliée depuis longtemps pour certains. Il est vrai qu’à l’époque la tentation d’y déroger était moindre, l’industrie agroalimentaire n’existait pas.

Pourtant, dans sa version la plus récente, le code de déontologie qui parle pourtant de santé publique, par l’entremise du Conseil national de l’ordre des médecins dit explicitement : « le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit ». C’est cette indépendance professionnelle qui assoit la confiance entre médecins et patients, ou entre médecins et santé publique, qui est aujourd’hui mise à mal.

Quels moyens ont les français, avides de conseils pour une meilleure santé et donc pour une meilleure nutrition, de vérifier la véracité des informations nutritionnelles diffusées dans les officines ?

Les médecins généralistes devenus des supports publicitaires

N’avez-vous pas remarqué que les salles d’attente des médecins sont garnies de posters et de plaquettes vantant les mérites d’une gamme toujours plus vastes d’aliments. Car les industriels de l’alimentaire l’ont bien compris, en inondant les officines médicales de prospectus publicitaires censés apporter des conseils nutritionnels aux patients qui y transitent, sous couvert d’une certaine rigueur scientifique, ils se payent un marketing bon marché et ils orientent insidieusement les comportements des consommateurs que restent les patients dès qu’ils sont sortis du cabinet. Pire, comme cette information sort du cabinet du médecin, elle a valeur de sérieux et d’irréprochable.

On a vu ainsi le CIC (Centre d’Information sur les Charcuteries) diffuser dans plus de quatre mille salles d’attente, trois dépliants. Le premier sur les qualités nutritionnelles de la charcuterie, le second sur les lipides des charcuteries, le troisième, enfin, sur l’importance des protéines animales dans l’alimentation. On peut se demander quel est le rapport entre la médecine et la charcuterie ?
Se pose alors pour le médecin à qui l’on propose ce genre de prospectus, le comportement qu’il doit adopter. Relayer une information nutritionnelle neutre pour l’amélioration de la santé de ses patients est tout à fait louable. Diffuser une information en provenance de l’industrie est plus que douteuse.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins ne s’y est pas trompé, préoccupé par l’allure « agence publicitaire » que prenaient certains cabinets, il a diffusé dès les années 2000 un rapport sur « les informations qui doivent circuler dans la salle d’attente du médecin ».

C’est à nous public, de prendre garde !


La salle d’attente du médecin, un lieu déontologique
La salle d’attente du médecin, un lieu déontologique

Dans la cacophonie des salles d’attente, il est important de ne pas faire le jeu des industriels et d’aider les médecins à être vigilant, en leur signalant les encarts qui vous dérangent :

  • Une brochure consacrée au petit déjeuner et au goûter et qui est sponsorisée par une grande marque de céréales.
  • Une autre qui vous vante les mérites des laitages et qui estampille le logo d’une grande marque laitière.
  • Une autre encore qui vous demande de surveiller votre cholestérol mais vous conseille une grande marque de margarine.

En conclusion

La déontologie n’est pas seulement l’apanage des médecins, elle doit être aussi la vigilance du public. Nous sommes tous des consommateurs, mais nous nous devons d’être aussi des « consomm’acteurs ».