L’évolution de la consommation alimentaire en France depuis quarante ans, d’un côté, et l’augmentation exponentielle des maladies et des pathologies lourdes, de l’autre, a poussé l’agrobusiness à développer une communication autour de l’aliment qui ressemble plus à la promotion du médicament. Pour se donner une légitimité, cette industrie s’est entourée de scientifiques, de médecins et de consultants regroupés au sein de groupes de travail et de conseils, qui développent un argumentaire santé.

Qui n’a pas son conseil scientifique ?

  • Evian, la marque bien connue d’eaux minérales du groupe Danone a créé le « Centre Evian pour l’Eau », une association loi 1901 dont l’objectif est de promouvoir la recherche sur l’eau et les minéraux. Pour ce faire, le Centre Evian édite des brochures validées par son conseil scientifique où siège pas moins de trente experts, et destinées aux salles d’attente des médecins.
  • Le CIV (Centre d’Information des Viandes) qui a pour mission d’informer le grand public sur les viandes mais aussi sur les abats des bovins et des ovins, utilise le relais de son conseil scientifique pour valider le « contenu scientifique » de ses brochures.
  • Le CIC (Centre d’Information sur les Charcuteries) dont l’objectif est « d’intégrer les charcuteries dans une alimentation équilibrée », a placé à la tête de son conseil scientifique, un médecin, le docteur Jean-Marie Bourre, chercheur à l’INSERM (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale) et membre de l’Académie de médecine. Ses brochures sont aussi distribuées dans les salles d’attente des médecins.
  • L’ANMF (Association Nationale de la Meunerie Française) qui s’occupe de la promotion du pain, a elle aussi son comité scientifique où l’on retrouve des noms prestigieux, comme le professeur Christian Cabrol, le docteur Serge Hercberg et le docteur Jean-Marie Bourre.
  • Le CNPO (Comité National pour la Promotion de l’œuf) n’est pas en reste et l’on retrouve à la tête de son conseil scientifique, le docteur Bourre.

On pourrait ajouter à cette longue liste le CSH (Comité Scientifique de l’Huitre), le BNIP (Bureau National Interprofessionnel du Pruneau), le CEDUS (Centre d’Etudes et de Documentations du Sucre) et tous ceux qui vont se créer dans les prochaines années, chaque secteur industriel ayant intérêt à paraître dans la communication globale de la nutrition.

Des études scientifiques pour une vérité épatante


La science, crédibilité absolue ou marketing ?
La science, crédibilité absolue ou marketing ?

Quand le marketing et la science se mettent en ménage, rien ne vaut une bonne étude scientifique dont les résultats crédibilisent et donnent plus de sérieux à l’aliment ou la préparation que l’on veut promouvoir. Encore faut-il que ces résultats soient objectifs ? Quand on sait que majoritairement ces études sont sponsorisées par les industries qui les commandent, même si les scientifiques qui publient les résultats sont des gens de grands talents, on peut se poser des questions.
Ainsi, lors de l’étude de grande envergure « Fleurbaix Laventie Ville Santé » dont nous avons déjà parlé dans l’article précédent la propagande, sponsorisée par le CEDUS, la marque d’huiles Lesieur et les Brasseurs de France, lorsque les résultats montraient que les enfants qui mangent trop de graisses, présentent plus de risque d’être obèses, les scientifiques ont tenu à préciser que seules les graisses animales « semblaient jouer un rôle », au grand soulagement de l’entreprise Lesieur qui commercialise des huiles végétales. Quand l’étude a montré que les hommes et les femmes qui consommaient chaque jour une chopine de bière, restaient dans l’ensemble plus minces que ceux et celles qui n’en buvaient pas, les Brasseurs de France furent totalement satisfaits.

En conclusion

Même si d’aucun de nous voudrait mettre en doute les études scientifiques de l’agrobusiness, le fait de savoir qu’elles sont sponsorisées par ceux-là mêmes qui les commanditent, rend plus difficile leur crédibilité. Un sponsor ça veut des retombées et c’est tout légitime. Aussi ne vaudrait-il pas mieux que les pouvoirs publics et des laboratoires indépendants interviennent pour mieux nous informer.